Dans lequel on réalise que le client a égaré son "business model"


Dans la présente je m'attaquerai au business model. Ou plutôt à son absence. Car comment s'emparer d'un projet de site Web quand le mandant ne sait pas exactement pourquoi il fait tout cela?

 

Ah que voilà une suite à ma précédente missive. En creusant le problème du cahier des charges mort-né, je dois avouer qu’il était difficile de passer sous silence la disparition du business model. « Carrément », dites-vous ? Oui je confirme. L’examen des besoins (si l’on peut appeler cela comme ça ; parfois la formule « vagues velléités » serait plus honnête) d’une entreprise en matière de site Web débouche souvent sur la quête effrénée autant que vaine du business model (résumons le termes en parlant de vocation de l’entreprise si vous préférez, terme que je préfère largement, étant francophone et travaillant le moins possible pour le « business », non mais !).


Cette « vocation » fait en effet souvent défaut au moment du brief, je vous le jure ! Au moment de m’inviter dans sa salle de réunion, Monsieur Client était persuadé de le connaître parfaitement ce modèle, mais passé 35 minutes d’entretien, Monsieur Client ne le retrouve plus. Il cherche, se creuse les méninges, retourne la moquette, mais non, rien à faire, la raison d’être de son entreprise vient de lui échapper.


Vous ne me croyez pas ? Quel dommage que je ne puisse vous citer quelques noms. Mais quel intérêt en fait ? Les bonnes histoires se passent de références... J’ai en mémoire une organisation longtemps restée sous le statut de la coopérative. Ses services, elle les offrait à ses quelques puissants coopérateurs, jusqu’au jour ou un changement de capital lui valu de devoir chercher des clients. Le virage effectué, pourquoi ne pas refaire le site Web ? Et alors là, surprise, doutes, sueurs froides. On découvre que le fameux virage n’a pas été pris à tous les étages. Les avis sont partagés. S’agit-il désormais de dire platement ce que l’entreprise offre (ambiance Kremlin) ou promouvoir avec agressivité ses produits (approche Maison Blanche) ? Vend-elle en fin de compte du service ou bien des produits (les deux existaient, mais l’un était rentable, l’autre un pur alibi !) ? Fallait-il présenter aussi platement qu’avant ces « machins » ou entamer un dialogue serré avec l’internaute jusqu’à ce qu’il signe un contrat ? Autant de questions qui se terminèrent en comité de direction, stigmatisèrent les anciens (taxés de conservatisme et de résistance au commerce) et marquèrent à la culotte les nouveaux (jugés comme des hard-sellers), tout en usant plusieurs directeurs marketing (poste lui-même créé dans le flou le plus total…).


Une autre puissante entreprise me confia quelques usability tests pour de nouveaux services. A l’arrivée, le site Web méritait quelques aménagements mineurs mais (plus grave et hors de ma portée) deux noms de produits sur cinq étaient jugés comme complément inaptes par mes cobayes...


Amis lecteurs, j’ai opté pour de brèves missives et il faudra donc que je revienne à ce sujet, mais pour l’heure je me dois de conclure : ne perdez pas votre business model. Demandez-vous chaque jour pourquoi vous faites « tout cela ». Le Web pourra vous aider, mais pas remplacer une vocation.

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